656,000 VNĐ
Le quatrième mur: Roman - Prix Goncourt des Lycéens 2013
Détails sur le produit: » Prix: 656,000 VNĐ » Barecode: 9782246808718 » Auteur: Sorj Chalandon » Éditeur: Grasset » L'année d'édition: 21 août 2013 » Langue: Français » Dimension: 20,2 x 14 x 2,4 cm » Nombre de page: 336 » Poids: 0,33 KgDescriptions du produit
« L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de
Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant
dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis
rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et
jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque
sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il
me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronnage. Et je lui
ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la
paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne... »
Extrait
Tripoli, nord du Liban
jeudi 27 octobre 1983
Je suis
tombé. Je me suis relevé. Je suis entré dans le garage, titubant entre
les gravats. Les flammes, la fumée, la poussière, je recrachais le
plâtre qui me brûlait la gorge. J'ai fermé les yeux, les mains sur les
oreilles. J'ai heurté un muret, glissé sur des câbles. La moitié du
plafond avait été arrachée par l'explosion. Le ciment en feu frappait
tout autour avec un bruit de claques. Derrière une carcasse de voiture,
un trou. Une crevasse de guerre, un bitume ouvert en pétales jusqu'à son
coeur de sable. Je me suis jeté dans les éclats comme on trébuche,
corps chiffon, le ventre en décombres. Je tremblais. Jamais je n'avais
tremblé comme ça. Ma jambe droite voulait s'enfuir, me quitter, une
sauterelle apeurée dans les herbes d'été. Je l'ai plaquée à deux mains
sur le sol. Elle saignait, ma jambe folle. Je n'avais rien senti. Je
croyais que la blessure et le blessé ne faisaient qu'un. Qu'au moment de
l'impact, la douleur hurlait son message. Mais c'est le sang qui m'a
annoncé la mauvaise nouvelle. Ni le choc ni le mal, seulement mon jus
poisseux. Mon pantalon était déchiré. Il fumait. Ma jambe élançait comme
une rage de dent. Ma chemise était collée de sueur. J'avais pris mon
sac, mais laissé ma veste dans la voiture de Marwan, mes papiers, mon
argent, tout ce qui me restait. Je ne pensais pas qu'un char d'assaut
pouvait ouvrir le feu sur un taxi.
- Sors de là, Georges !
Nous roulions le long de la côte. Le soleil se levait derrière les
collines. Juste après le virage, un tank syrien couleur sable, embusqué,
immense. Il nous barrait la route. Mon Druze a juré. Il a freiné
brusquement. Je dormais. J'ai sursauté. Il a paniqué, fait marche
arrière sur le talus qui surplombait la mer. La carapace s'est
réveillée. Presque rien, un souffle. Le métal du canon qui pivote.
- Mets-toi à couvert, putain !
J'ai plongé la main vers la banquette arrière, pris mon sac, cherché ma
veste, mon passeport, sans quitter la mort des yeux. Et puis j'ai
renoncé. La gueule d'acier nous faisait face. Vacarme dans ma tête.
- Il ne va pas tirer ! Il ne peut pas tirer sur un taxi !
Un losange rouge et un rond jaune étaient peints sur la tourelle.
Figures familières de tableau d'écolier. Et aussi trois chiffres arabes
au pochoir blanc. Marwan traversait la route, courbé en deux. Il
marchait vers l'abri, un garage fracassé. Les murs étaient criblés
d'éclats, noirs de suie. J'ai ouvert ma portière, couru bouche ouverte
vers la ruine béante.
Revue de presse
Magnifique et désespéré, Le Quatrième Mur est le récit d'une
utopie et une ode à la fraternité. Antigone n'y est plus une simple
pièce : c'est un bloc de mots jeté dans les flaques de sang. (Gilles
Heuré - Télérama du 4 septembre 2013)
Antigone sera jouée par une
Palestinienne, Créon par un chrétien maronite, Hémon par un Druze, etc.
Georges s'envole pour le Liban. Où la guerre le rattrape - à jamais. Un
roman dense, empli d'émotion, d'une noirceur solennelle. (Catherine
Simon - Le Monde du 5 septembre 2013)
Dans les années 1970-80,
pour une promesse faite à un ami décédé, un jeune militant gauchiste
parisien part monter Antigone à Beyrouth et voit ses illusions se
fracasser contre le mur de la guerre du Liban. Avec Le Quatrième Mur,
Sorj Chalandon s'inspire de son expérience de reporter de guerre à
Libération...
Comment renaître à la vie lorsqu'on revient de si loin
? Sorj Chalandon, ancien reporter de guerre, s'est longtemps posé la
question. Georges est son double de malheur. Mais Georges, lui, a perdu
le goût des jolies choses. La mort et le fracas l'appellent. Il donne le
change, se plie au bonheur familial, tente de faire «comme si». Peine
perdue...
Le Quatrième Mur porte magnifiquement la guerre, mais il
laisse une impression de paix. Celle du lecteur qui découvre un grand
livre. (Clara Dupont-Monod - Le Magazine Littéraire, septembre 2013)
Avec
comme motif la création d'une pièce de théâtre au Liban,
l'ex-journaliste Sorj Chalandon brosse un tableau vibrant des tensions
au Proche-Orient...
Avec ce livre, Chalandon revient sur un autre
conflit qu'il couvrit comme journaliste. Mais jamais il n'avait composé
si brillante dramatique. Et rarement fiction fit autant ressentir
l'intensité d'une guerre civile en y accolant la thématique du théâtre
comme arme rhétorique et politique. Ici battent des coeurs et tonne le
monde. (Hubert Artus - Lire, septembre 2013)
Dans ce roman riche
et symbolique, le théâtre est une ruine au coeur des barrages et des
lignes de démarcation qui découpent Beyrouth. Son vrai décor est la
guerre. Combats et bombardements rattrapent Georges qui se retrouve
témoin des massacres de Sabra et Chatila. Dans des pages hallucinées,
Chalandon revient sur ce terrible épisode qu'il avait couvert pour
Libération. Une forme de réécriture pour le romancier...
Impossible
dilemme du journaliste qui n'est ni acteur ni victime. A la manière du
quatrième mur, le mur invisible que se construisent les acteurs pour
oublier les spectateurs. Georges est blessé aux yeux par une bombe au
phosphore israélienne. De ce qu'il a vu, de ce qu'il a souffert, il ne
se remettra pas. Chalandon réussit à nouer le destin d'un pays éclaté et
de son personnage qui de retour à Paris ne sait plus aimer ni sa femme
ni sa fille. Finalement, Georges repartira au Liban. Pour mourir.
(François Sergent - Libération du 19 septembre 2013)
C'est écrit
avec la lucidité d'un correspondant de guerre (Sorj Chalandon obtenait
le prix Albert-Londres en 1988 pour ses reportages dans
Libération) et
ça rend parfaitement compte d'un théâtre des opérations. Stendhal disait
qu'un roman historique doit être écrit dix ans après l'événement. Sorj
Chalandon, qu'il l'ait voulu ou pas, agit de même dans ce livre brillant
et allusif sur l'histoire d'un pays à un moment donné. (Muriel
Steinmetz - L'Humanité du 3 octobre 2013)
Grand reporter à
Libération, lauréat du prix Albert-Londres en 1988 pour ses reportages
en Irlande du Nord et sa couverture du procès Barbie, Sorj Chalandon
était à Beyrouth en septembre 1982. En s'immisçant dans le quotidien et
les pensées de Georges, son double littéraire, il revient sans céder à
l'émotion sur une page douloureuse de l'histoire et interroge avec force
la notion d'engagement, qu'il soit politique ou amoureux. Figure de la
désobéissance depuis l'Antiquité, Antigone entre en résonance avec le
conflit libanais de manière troublante, tout comme la pièce d'Anouilh,
dont de nombreuses répliques jalonnent le récit...
Georges regagnera
le Liban quand l'auteur choisira le retour à la vie et à sa famille.
(Laëtitia Favro - Le Journal du Dimanche du dimanche 13 octobre 2013)
On
sait l'attachement que Chalandon a porté à la cause républicaine
irlandaise - «ce qui n'a jamais entaché mon travail de journaliste.
J'allais dans les deux camps». Le grand reporter a couvert d'autres
confits, dont le Liban. En septembre 1982, il pénètre dans les camps
palestiniens de Sabra et Chatila, découvrant l'ampleur et la sauvagerie
du massacre perpétré par les phalangistes...
L'écriture peut-elle
conjurer cette horreur ? «Le quatrième mur» veut croire à un espoir.
Quand «Antigone» fut joué en France pendant l'Occupation, d'aucuns
voulurent y voir un acte de résistance. Alors, rejouer cette pièce dans
une ville en guerre, c'est à nouveau tenter l'impossible. Dans ce roman
qui a le souffle d'une tragédie, Chalandon n'hésite pas à malmener un
héros dont il met en lumière, parfois avec humour, les faiblesses et les
contradictions. Au contact du conflit, il deviendra un autre homme :
les petites guéguerres de son passé gauchiste deviennent dérisoires.
Car, à Beyrouth, sous les pavés, ce n'était plus la plage, mais la mort.
(Bernard Géniès - Le Nouvel Observateur du 7 novembre 2013)
Cette
tentative fantasque et fantastique nous fait mieux comprendre le
Moyen-Orient que les meilleurs essais. Une petite phrase en dit long :
«C'est le Liban qui tire sur le Liban.» Malheureusement, le lien entre
ce pays et la tragédie est tellement évident. Pour jouer encore plus sur
le contraste, l'auteur ajoute une dimension personnelle au récit - son
expérience de la guerre, la vie avec sa femme, avec son enfant. Il pense
qu'il a plus vécu en cinq jours à Beyrouth que toute sa vie entière.
Sorj Chalandon suit la longue et magnifique voie des auteurs qui savent
que créer, c'est parfois réécrire, puiser dans l'essentiel, après
Sophocle, Anouilh, Brecht et d'autres. Car Antigone - «la petite maigre,
qui est assise là-bas, et qui ne dit rien...» -, celle qui dit non,
n'est pas seulement éternelle, elle est d'actualité. Et plus vivante que
jamais. On a toujours besoin d'elle peut-être plus au Moyen-Orient que
partout ailleurs. (Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 14 novembre 2013)
Le
théâtre comme une trêve, le jeu comme acte de résistance, la tragédie
comme arme de paix. Dit ainsi, la profession de foi paraît candide et
dérisoire. Romancé par Sorj Chalandon, c'est poignant. Parce que le
journaliste - doit-on le rappeler, grand reporter, prix Albert Londres -
connaît son sujet, la guerre. Parce que l'écriture du romancier - prix
Médicis*, Grand Prix du roman de l'Académie française** et donc
désormais Prix Goncourt des lycéens pour "Le quatrième mur" - est d'une
puissance telle qu'il nous fait sentir la tension, l'horreur,
l'absurdité, en des scènes d'une force visuelle rare. (Charlotte Pons -
Le Point du 14 novembre 2013)








