545,000 VNĐ
Une partie de chasse
Détails sur le produit: » Prix: 545,000 VNĐ » Barecode: 9782879299983 » Auteur: Agnès Desarthe » Éditeur: Olivier » L'année d'édition: 23 août 2012 » Langue: Pháp/Français » Dimension: » Nombre de page: 152 » Poids:Descriptions du produit
Ils sont quatre.
Quatre chasseurs qui avancent dans les vapeurs de
l'aube, avec leurs fusils et leurs chiens. Tristan est le plus jeune.
Que fait-il là, en compagnie de ces hommes dont il se sent si différent ?
Est-ce pour se soumettre à une épreuve initiatique ? Ou pour régler une
question d'honneur qui l'oppose à l'un d'entre eux ?
Un accident
survient, il faut aller chercher du secours, les éléments s'en mêlent,
une tempête se lève. Le déluge emporte tout sur son passage, répondant
peut-être à ce désir qu'a Tristan de faire table rase d'un passé
encombrant.
Avec ce roman habité par la fureur, Agnès Desarthe
nous parle d'un monde où les bêtes seraient douées de parole, la nature
violente et les hommes aveuglés par leurs passions.
Romancière,
Agnès Desarthe a notamment publié Un secret sans importance (Prix du
livre Inter 1996), Le Remplaçant (2009) et Dans la nuit brune (Prix
Renaudot des lycéens 2010). Traductrice, elle a signé avec Geneviève
Brisac un essai sur Virginia Woolf, V. W. Elle est également l'auteur de
nombreux livres pour la jeunesse.
Extrait
J'aimerais mourir de mort naturelle. Je voudrais vieillir. Personne ne vieillit chez nous. Nous partons dans la fleur de l'âge.J'aimerais avoir le temps de sortir de l'enfance. Connaître la nostalgie poignante qui étreint le coeur des adolescents. Quelque chose en eux pleure l'enfant qu'ils ne sont plus, et c'est un chagrin magnifique et muet.
Je voudrais m'ennuyer, connaître le dégoût. Profiter, ensuite, du soulagement de la maturité.
Je voudrais avoir le temps de connaître l'amour, et le luxe infini du désamour.
«Je ne t'aime plus, c'est fini, ça fait trop longtemps qu'on se fréquente, tu ne me fais plus aucun effet.»
Souvent, pour me faire du mal, pour éprouver jusqu'au bout la cruauté de mon sort, je me joue cette scène impossible, je répète cette réplique que je ne prononcerai jamais.
J'ai beaucoup d'imagination. Il paraît que c'est rare dans notre lignée. Ma mère me l'a dit. Elle me trouvait plus intelligent que les autres. Elle disait qu'elle ne me comprenait pas entièrement. Elle penchait la tête en prononçant ces mots, et le soleil, un instant captif de son iris, me transperçait la rétine.
Elle est morte, bien sûr. Très vite. Elle m'a peu parlé. Nous n'avons le temps de rien, nous autres. Mais elle m'a dit ça quand même, que j'avais beaucoup d'imagination, et sans doute un cerveau plus gros que celui de mes frères, de mes cousins, de mes ancêtres, alors je m'en sers. Je fais semblant d'être vieux.
Vieux, vieille, vieillard, vieillarde, ces mots me font frissonner de douleur et de joie. Ce sont les mots les plus beaux, les plus effroyables et les plus doux de notre langue. J'ose les prononcer. Je sais le risque que je prends. Mon coeur pourrait lâcher par excès de volupté. Mais je parie sur l'excellence de mon coeur, je n'ai pas le choix. Je parie sur l'excellence de chacun de mes organes et de mes muscles. Je suis fait pour durer, pour endurer, pour survivre. Je vais y arriver. Je serai peut-être le seul, mais qui sait ? Une fois mûr et usé, quand les dents me manqueront et que mon sang voyagera moins prestement dans mes veines, je pourrai enseigner aux autres, prendre quelques jeunes sous ma protection et leur confier mes secrets, mes ruses, leur expliquer que c'est possible. «Regardez-moi ! Voyez mes oreilles tombantes et lasses, ma paupière paresseuse qui couvre à moitié mon oeil droit. La bosse sur mon dos. Mes moustaches fatiguées.»
Je serai leur prophète, je trouverai un territoire, j'organiserai la résistance. Trop longtemps nous avons subi, trop longtemps nous nous sommes plies à la fatalité.








