561,000 VNĐ
Passions: La princesse de Clèves
Détails sur le produit: » Prix: 561,000 VNĐ » Barecode: 9782869599901 » Auteur: Jean-Michel Delacomptée » Éditeur: Arléa » L'année d'édition: 6 septembre 2012 » Langue: Pháp/Français » Dimension: » Nombre de page: 152 » Poids:Descriptions du produit
La Princesse de Clèves est le roman de tous les amours. Amour conjugal,
amour galant, amour de la gloire, amour du pouvoir, amour de la liberté,
amour du secret, amour de la vertu, d'autres encore. Amours vécus
chaque fois sur un mode intense. Quel amour, dans ce roman, se vit en
douceur ? Tous s'exaltent, aucun n'est sage. Toujours il leur faut la
gravité du risque et l'ivresse de l'urgence, si âpres sont les
rivalités, si orgueilleux les coeurs, si implacables les échecs, et si
brève la vie.
Jean-Michel Delacomptée nous livre ici, après
avoir longtemps fréquenté les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles en compagnie
de Montaigne, Bossuet, ou Saint-Simon, une méditation sur La Princesse
de Clèves.
Son érudition, son audace dans l'analyse et sa liberté de
style font de ce livre une troublante et moderne interrogation sur ce
qu'est la passion.
Extrait
Retour vers le romanLa Princesse de Clèves est un livre âgé. Quand on l'entame, il sent la poussière. Les premières pages nous plongent dans un milieu où les figures ornées de patronymes oubliés et de titres vétustés découragent l'effort. Il reverdit aujourd'hui, mais, pour avancer, il faut une certaine constance, et même de la vaillance. Le début manque d'air, on étouffe. Puis on s'habitue, les ombres s'éclaircissent, on poursuit, et on va jusqu'au bout.
Ensuite, pourvu qu'on fouille, on perçoit la complexité qui fourmille sous le déroulé de l'intrigue : une myriade de détails discrètement éloquents et, moins visibles, plusieurs degrés de sens qu'encadre la mécanique d'un récit rectiligne. La vie de l'héroïne tend le fil conducteur, mais l'ensemble compose son destin.
Les digressions, paraît-il, distraient du sujet central ? Elles ont leurs raisons. Le roman décline ses épisodes en parfaite cohérence. Pas de surplus, aucun déchet. Lorsqu'il le découvrit, Fontenelle, philosophe en herbe (lui qui, à un mois près, vécut jusqu'à cent ans, était novice à l'époque, il avait vingt et un ans), le relut, émerveillé, trois fois de suite. Donc il le lut, d'une même foulée, quatre fois en tout. C'était un esprit neuf.
Je devais revenir vers ce livre. Ce retour relève du hasard, mais, plus encore, d'une exigence morale. Prisonnier volontaire, je n'ai d'ailleurs jamais cessé d'y revenir. En mon adolescence, il y a longtemps, au lycée, l'ayant lu pour la première fois, j'en fus saisi comme tous les adolescents mériteraient de l'être. Ils ne le sont plus à présent, ou trop peu. L'enseignement de la littérature s'est largement dépouillé de sa mission : donner accès aux oeuvres, en favoriser le goût. Autrefois, les professeurs de lettres visaient à la délectation des mots, tentaient de faire vibrer la langue. Ils se penchaient sur les personnages, leur prêtaient une réalité. Ils glosaient selon leur talent, glanaient ce qu'ils pouvaient, paraphrasaient à l'occasion, ce qui n'avait aucune importance : l'essentiel consistait à s'enfoncer dans le texte en le commentant ligne à ligne. Pas de théories blindées, mais du jugement avec de l'ardeur. Les élèves, impressionnés par la richesse des récits et des styles, voyageaient au-delà d'eux-mêmes. Ils quittaient le langage quotidien pour des lectures qui les grandissaient. L'imagination les emportait vers des terres inconnues.
Ce qu'ils lisaient leur appartenait, ils conservaient ce trésor en eux, même à leur insu. C'était une aventure. Les dépayser, affiner leur langage, leur transmettre un legs ancestral, les hisser vers le meilleur d'eux-mêmes, voilà quel était le but. Temps révolus. Le principe d'utilité, cette sécheresse, prévaut désormais. Le crin de l'analyse arrache la peau, le froid de sa lame tranche les nerfs, son pilon broie les muscles. Assassinées, les pages vivantes. On a transformé les professeurs de lettres en médecins légistes. Honneur aux récalcitrants qui s'obstinent ! Ils sont les gardiens de la flamme.
Combien de fois l'ai-je étudié, ce roman, pour l'enseigner dans des établissements divers, classes de collège, universités, jusqu'au Japon ? Publics différents, réception unanime : d'un abord ardu, il se révèle dans l'éclosion des questions qu'il renferme. Déchiffrement inépuisable : il ne se ressemble jamais. Je l'ai lu aussi souvent que je l'ai sondé. Chacune de ses lectures apporte des lumières.








