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Féerie générale - Prix Médicis 2012

Détails sur le produit: » Prix: 627,000 VNĐ » Barecode: 9782823600032 » Auteur: Emmanuelle Pireyre » Éditeur: Olivier » L'année d'édition: 23 août 2012 » Langue: Pháp/Français » Dimension: » Nombre de page: 247 » Poids:

Descriptions du produit

«J'ai souvent eu l'impression, en écrivant ce livre, d'emprunter des discours tout faits comme on louerait des voitures pour le plaisir de les rendre à l'autre bout du pays complètement cabossées», confie l'auteur.
Rassemblant des échantillons prélevés dans les médias et sur les forums, détournant les sophismes et les clichés de la doxa ambiante qu'elle mixe avec érudition et humour aux discours savants ou sociologiques, Emmanuelle Pireyre organise de magnifiques collisions de sens dans ce roman-collage où la réalité se mêle à la fiction.
Une petite fille déteste la finance et préfère peindre des chevaux; des artistes investissent les casernes; un universitaire laisse tomber sa thèse sur l'héroïsme contemporain ; une jeune musulmane choisit pour devise Une cascade de glace ne peut constituer un mur infranchissable... Ainsi sont les personnages de Féerie générale : récalcitrants à l'égard de ce qui menace leur liberté, prompts à se glisser dans les interstices du réel pour en révéler les absurdités.

Avec une jubilation communicative, Emmanuelle Pireyre propose une radiographie de notre conscience européenne en ce début de 21e siècle.

Extrait

L'école de la finance

Une fois en Europe, il y avait une fille de neuf ans qui était pleine de mystère. Certains disaient qu'elle était butée. Bon, ce n'était tout de même pas de l'autisme, seulement Roxane restait hermétique, vraiment hermétique, aux sujets qui ne l'intéressaient pas. Elle se refermait et ensuite il n'y avait plus rien à en tirer. Dans la cour de l'école, les conversations allaient bon train sur la spéculation financière, et là typiquement c'était un sujet dont cette petite fille ne voulait pas entendre parler. Elle ouvrait la bouche, aucun son ne sortait, une vitre en verre ultra-épais la séparait des conversations, elle tournait la tête et allait jouer plus loin. Ses copains se laissaient à chaque fois surprendre par sa brutalité intransigeante, ils se sentaient jugés, ils avaient l'impression qu'elle n'était pas de leur avis sur la finance, ou que, carrément, elle n'avait pas d'avis. Les enfants étaient d'autant plus surpris par cette réticence qu'ils avaient, depuis quelques années, pris l'habitude du travail d'équipe, ils avançaient ensemble. «On n'est plus à Wall Street dans les années 80, avaient-ils coutume de dire. L'époque est finie où on travaillait seul en psychopathe, où l'instinct, la coke et les individualités menaient la danse.» De fait, ils s'entraidaient, s'échangeaient beaucoup d'infos, se faisaient passer graphiques financiers, dépêches de l'AFP et résumés d'articles des Échos ou du Financial Times. Bien sûr, ils étaient encore petits, ils n'étaient qu'à l'école primaire ; aussi ils ne tenaient pas longtemps avec les analyses vraiment prises de tête, ils avaient tout le temps envie de déconner. Certains jours où ils avaient du mal à anticiper le marché, ils disaient : «Quel après-midi pourri ! Si ça continue, je vais devoir vendre un de mes apparts à Cannes pour renflouer mes comptes de trading !» Ils avaient besoin de se défouler, même s'ils avaient conscience que le sujet était grave, même si quelquefois ils étaient soucieux et demandaient à la maîtresse : «Maîtresse, le but des banquiers, c'est de ruiner tout le monde ou quoi ? - Juste les petits comme toi, répondait la maîtresse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et eux ils doivent se faire de gros bénefs. En plus, expliquait la maîtresse, ils peuvent te fourguer les produits merdiques qu'ils ont inventés et travailler avec des infos privilégiées en utilisant leurs fonds propres. Donc on peut pas lutter... c'est comme ça.»
Le vendredi du mois de mai où la vice-présidente du gouvernement espagnol annonça que le nouveau code pénal punirait les pratiques spéculatives qui avaient fait plonger la Bourse espagnole, les enfants étaient énervés. Ils avaient eu sport, ils n'arrivaient pas à se sentir concernés, ils plaisantaient, se bousculaient à la sortie du vestiaire. Ils disaient : «Bon, en tout cas, on sait maintenant que les mecs de Goldman Sachs iront pas en Espagne pour leurs vacances. Ni en Grèce.» Ils disaient : «Ils s'achèteront un pays avec leurs bonus.» (...)

 

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