627,000 VNĐ
Les Patriarches: roman - collection littéraire dirigée par Martine Saada
Détails sur le produit: » Prix: 627,000 VNĐ » Barecode: 9782246800842 » Auteur: Anne Berest » Éditeur: Grasset » L'année d'édition: (22 août 2012) » Langue: » Dimension: » Nombre de page: 320 » Poids:Descriptions du produit
Descriptions du produit
Extrait
«C'est marrant ce que tu me poses comme question. Parce qu'il y a quelques jours je me suis demandé : "Maïs comment j'en suis arrivé là, à 57 ans ?" Et la première chose à laquelle j'ai pensé c'est ça : je me suis souvenu du cousin de mes parents qui m'emmenait à Deauville. Il avait l'habitude de descendre à l'hôtel Les Mouettes, rue Olliffe. Je ne pouvais pas dormir tant que je ne l'avais pas vu garer sa voiture en bas de l'hôtel. Même tard dans la nuit. Je me suis souvenu de cette attente-là. La voiture, c'était une Type E. La première série sortie en 1962. Je sais pas si tu te rappelles à quoi cela ressemble la Jaguar Type E ? Tu veux en voir une ? La Jaguar Type E c'est un sexe en érection.»
Gérard Rambert se lève de la banquette inconfortable où il est assis, face à la jeune fille, qui ne sait pas quoi faire. Elle le suit du regard, tête tendue, souriante, comme si elle n'était pas embarrassée du mot érection ni encombrée d'elle-même. Elle veut se montrer polie, discrète et bien élevée tandis que Gérard Rambert se penche devant son ordinateur. Un accord en do majeur avec stéréo et réverbération annonce l'ouverture du Mac, la lumière bleue colore sa peau lisse, épaisse, sans une seule ride, illumine la plastique de son visage d'homme. Le reflet de l'écran d'ordinateur dans ses lunettes. Il fait si sombre dans le bureau, quelqu'un avant, une femme de ménage peut-être, a pris soin de fermer les volets pour que leurs corps ne souffrent pas trop de la chaleur. C'est comme à l'hôtel luxueux dans lequel Denise est descendue, bien trop cher pour elle, et dont elle réglera la note avec un argent qui ne lui appartient pas encore.
«Là il n'y a pas le modèle, attends, je vais te montrer. Voilà, non ça c'est une Ford 90. Alors attends, on va reprendre. Comment fait-on ?»
Denise ose se lever du canapé trop bas. Ses gestes sont maladroits pour se mettre debout, elle rejoint Gérard derrière le bureau, murmure quelque chose si faiblement que personne ne l'entend. Toujours souriante, elle glisse vers elle le clavier de l'ordinateur, essayant de ne pas faire preuve d'autorité par ce geste, simplement prouver sa diligence technique. Ne pas montrer que le mot érection résonne dans sa tête. Denise clique sur «Google images» et des dizaines de carrés, des photographies de voitures, apparaissent à l'écran. Gérard ouvre un nouveau paquet de Rothmans rouges, bien qu'un autre paquet à peine entamé soit resté à côté du cendrier. Il s'allume une cigarette, crissement du tabac lorsqu'il tire sur la première bouffée, un incendie miniature dans la touffeur orageuse du bureau.
Revue de presse
Une jeune femme enquête sur son père disparu, ex-acteur embrigadé par une secte. Anne Berest signe un roman filial sur la fin des utopies...
D'une époque à l'autre, Berest saisit le dérèglement d'une machine utopique. Ressuscitées par la confession de Gérard Rambert, les seventies ne sont plus qu'un âge d'or fixé sur une bande magnétique : un récit, une légende de plus - parenthèse enchantée, grande fiesta, partage, fraternité. La lame de fond des Patriarches est une illusion qui persiste : avec les années 80 vient la déformation pernicieuse des rêves en doctrine, du Flower Power en fanatisme. Une quête filiale en forme de débâcle utopique. (Emily Barnett - Les Inrocks, septembre 2012 )
Auteur du remarqué La Fille de son père (Seuil, 2010), Anne Berest signe avec Les Patriarches le roman fort et ample d'une génération dont elle questionne la légende douloureuse. (Vincent Roy - Le Monde du 27 septembre 2012 )
Il est rare d'avoir entre les mains un objet littéraire aussi impeccablement cousu. Il faut du labeur pour arriver à un style si simple, fluide, mobile. Les personnages sonnent si juste qu'on les croit réels. Le sont-ils ? C'est un mystère qu'on se gardera de percer, il ajoute un trouble dont on se voudrait de priver le lecteur...
Surtout, le roman tient par la force de son intrigue. Elle repose sur un détail : qu'a pu faire le père de l'héroïne au début de 1985 ? Il faut 300 pages, tour à tour fortes ou sensibles, troublantes, fascinantes ou bouleversantes pour qu'on le comprenne. Envoûté par l'histoire, on les avale d'un trait. (François Reynaert - Le Nouvel Observateur du 4 octobre 2012 )
Voir l'ensemble des Descriptions du produit








