621,000 VNĐ
En ville
Détails sur le produit: » Prix: 621,000 VNĐ » Barecode: 9782879297781 » Auteur: Christian Oster » Éditeur: Editions de l'Olivier » L'année d'édition: 3 janvier 2013 » Langue: Français » Dimension: 20,4 x 14 x 2 cm » Nombre de page: 173 » Poids: 0,246 kgDescriptions du produit
Extrait
Georges est arrivé avec un gros gâteau. Il est entré dans la pièce, précédé de Paul, qui était allé lui ouvrir, et a posé le carton sur la table où les verres étaient disposés pour l'apéritif. C'est après qu'il nous a salués, William et moi, une fois débarrassé de son carton qu'il avait tenu devant lui à deux mains, comme si, de la pâtisserie où il l'avait acheté jusqu'à l'appartement, il l'avait déplacé tel quel, à seule fin de le poser sur la table. Évidemment, il avait dû libérer une de ses mains pour faire le code, pousser la porte de l'immeuble, tirer celle de l'ascenseur, presser le bouton de la cabine et celui de la sonnette, mais enfin ce n'est pas l'impression qu'il avait donnée en entrant dans la pièce, il avait plutôt eu l'air emprunté, encombré de son gâteau depuis le départ, incapable, en réalité, de l'avoir jamais tenu d'une main - ce qui eût été, à la réflexion, peut-être impossible, pour autant que le carton eût manqué de rigidité et qu'il eût risqué, sous la pression de son pouce, de s'écraser sur le gâteau, lui-même éventuellement mou, avec de la crème, à moins qu'il ne se fût agi d'une mousse, avec cette manie qu'ils ont tous maintenant de faire des mousses, ai-je songé. Toujours est-il qu'à présent Georges avait posé le gâteau, un assez gros gâteau, semblait-il, et qu'il nous saluait, William et moi. Nous nous étions levés et, l'un après l'autre, lui tendions la main, disant ça va ? comment ça va, Georges ? alors quoi de neuf depuis tout ce temps ? Assieds-toi, a toutefois enchaîné Paul avant qu'il ait eu le temps de répondre, tu bois quelque chose ? Et vous ? a dit Georges. Du vin, a dit Paul. Alors, du vin, a dit Georges, et il s'est assis.
On a repris nos places, Paul, William et moi, cependant que Louise revenait de la cuisine, embrassait Georges, qui se relevait, sur quoi Louise s'est assise, en même temps que Georges se rasseyait, et Paul a servi le vin. On a levé nos verres, Paul a dit à nous, non ? et on a tous repris à nous, sans vraiment se regarder, on devait tous penser à Georges, qui n'était pas uniquement venu avec son gâteau en le tenant à deux mains, il était venu seul, aussi, sans Christine, depuis qu'on le connaissait on le connaissait avec Christine, or Christine n'était pas là, peut-être allait-elle le rejoindre plus tard, ce n'était pas impossible, mais personne n'osait poser la question. Et alors ? a dit Georges. On a pensé à Hydra, lui a répondu Paul, tu vois où c'est ? Non, a dit Georges, mais on avait parlé de la Toscane, au départ, depuis six mois je m'étais mis en tête la Toscane, moi. C'est très beau, est intervenue Louise, la Toscane, mais Paul a pensé qu'en définitive on n'avait pas la mer là-bas, que c'était un peu bête de ne pas avoir la mer. Quitte à partir, a ajouté Paul. Oui, peut-être, a dit Georges, peut-être, et il a eu l'air songeur. Je m'étais quand même fait à l'idée de la Toscane, a-t-il repris. Mais je m'en fous, a-t-il précisé, Christine et moi on s'est séparés, et je m'étais fait à l'idée de la Toscane avec elle, sans elle évidemment à la réflexion pourquoi pas ce truc, là. Comment tu dis, déjà ? Hydra, a dit Paul. C'est une île, non ? a fait Georges. Oui, a dit Paul. Tu n'as rien à grignoter ? a demandé Georges. Désolé, a dit Paul. On a peut-être des olives, a dit Louise, je vais voir. (...)
Revue de presse
Si les lieux revêtent tant d'importance dans les romans de Christian Oster, c'est parce qu'ils constituent probablement la seule donnée tangible pour des personnages empêtrés dans leurs désordres...
Cette fois, hormis une échappée à Épinay-sur-Orge, le récit ne franchit pas les limites du périphérique parisien. Et même se cantonne pour l'essentiel dans trois appartements, un bureau, un café et une chambre d'hôpital de la capitale. Dans cette configuration minimaliste, un narrateur, dont on apprendra tardivement qu'il se prénomme Jean, doit faire face à une succession d'événements qui perturbent l'ordinaire de son existence et l'obligent à reconsidérer sa façon de voir comme de se voir. Ainsi qu'à l'accoutumée chez l'écrivain, l'affaire va se jouer en grande partie sur un mode humoristique et burlesque, qui n'est en l'espèce rien d'autre que la face divertissante de la mélancolie. (Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 3 janvier 2013)
Ce sont, surtout, les tours et les détours parfois brusques, parfois alanguis, des pensées du narrateur qui soupèse des possibilités, évalue des conduites à tenir, s'arrête, se reprend, tisse des liens aventureux entre les êtres et les événements, emprunte des chemins de traverse et observe, avec intérêt mais sans passion, le flux du temps et de ses propres métamorphoses. L'écriture précise et belle de Christian Oster construit à mesure cet écoulement indécis et donne à En ville une force rare. (Marion Cocquet - Le Point du 9 janvier 2013)








