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La Femme au miroir

Détails sur le produit: » Prix: 262,000 VNĐ » Barecode: 9782253175681 » Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt » Éditeur: Le Livre de Poche » L'année d'édition: 21 août 2013 » Langue: Français » Dimension: 10,9 x 2,3 x 17,5 cm » Nombre de page: 480 » Poids: 0.255 Kg

Descriptions du produit

Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood de nos jours. Toutes trois se sentent différentes de leurs contemporaines; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent à se rendre maîtresses de leur destin. Trois époques, trois femmes: et si c'était la même? --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
 
Extrait
- Je me sens différente, murmura-t-elle.
Personne ne prêtait attention à ses mots. Tandis que les matrones s'agitaient autour d'elle, celle-ci arrangeant un voile, celle-là une tresse, cette autre un ruban, alors que la mercière raccourcissait son jupon et que la veuve de l'arpenteur lui enfilait des chaussons brodés, la jeune fille immobile avait l'impression de devenir un objet, un objet passionnant certes, assez affriolant pour mobiliser la vigilance des voisines, un simple objet cependant.
Anne contempla le rayon de soleil qui, jaillit de la fenêtre trapue, traversait la pièce en oblique. Elle sourit. La mansarde, dont ce jet d'or trouait la pénombre, ressemblait à un sous-bois surpris par l'aube, où les paniers de linge remplaçaient les fougères, les femmes les biches. Malgré les bavardages incessants, Anne écoutait le silence voler dans la chambre, un silence étrange, paisible, touffu, lequel venait de loin et délivrait un message sous les jacasseries des commères.
Anne tourna la tête en espérant qu'une des bourgeoises l'avait entendue, mais elle n'attrapa aucun regard ; condamnée à subir leurs obsessions décoratives, elle douta d'avoir bien prononcé cette phrase :
«Je me sens différente.»
Que pouvait-elle ajouter ? Elle allait se marier tout à l'heure, pourtant, depuis son éveil, elle n'était sensible qu'au printemps qui déboutonnait les fleurs. La nature l'attirait davantage que son fiancé. Anne devinait que le bonheur se cachait dehors, derrière un arbre, tel un lapin ; elle voyait le bout de son nez, elle percevait sa présence, son invite, son impatience... En ses membres, elle éprouvait une démangeaison de courir, de rouler dans l'herbe, d'embrasser les troncs, d'inspirer à pleine poitrine l'air poudré de pollen. Pour elle, l'événement du moment, c'était le jour lui-même, frais, éblouissant, généreux, non ses épousailles. Ce qui lui arrivait - s'unir à Philippe - s'avérait dérisoire par rapport à cette splendeur, avril qui affermit champs et forêts, la force nouvelle qui épanouit coucous, primevères, chardons bleus. Elle désirait fuir ce réduit où se déroulait la préparation nuptiale, s'arracher aux mains qui la rendaient plus jolie et se jeter nue dans la rivière si proche.
A l'opposé de la croisée, le faisceau de lumière avait accroché en ombre la dentelle du rideau sur la chaux inégale. Anne n'oserait jamais troubler ce fascinant rayon. Non, lui annoncerait-on que la maison brûlait, elle resterait figée sur ce tabouret.
Elle frémit.
- Que dis-tu ? demanda sa cousine Ida.
- Rien.
- Tu rêves de lui, c'est ça ? 
Anne baissa le front.
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